Bonjour Pierre,
Vrai, je ne m’appelle pas Julie. Je semble, par contre, partager certaines de ses idées et c’est à ce titre que je me permets de te répondre. Tu me permets que je te tutoies? C’est une mauvaise habitude : quand on laisse entendre que je porte qu’une réflexion superficielle sur le monde, ça me donne des petites envies de « tu ». Je suis persuadée que tu comprends.
Tu sais, dimanche, nous étions plus de 200 000 dans la rue. Plus de 200 000 qui, selon toi, ont marché à travers les rues de Montréal, de Rimouski, de Québec et de plusieurs autres villes de la province contre le progrès, contre la prospérité, contre une vraie justice sociale. Tu fais partie de ces gens qui reprochent aux personnes comme moi de promouvoir l’immobilisme. À t’écouter, très cher Pierre, nous ne serions heureux que si le Québec était pauvre et sous-développé. Tu nous accuses ainsi de regarder le passé avec un regard nostalgique et statique.
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Le prochain budget du gouvernement fédéral pourrait changer fondamentalement le Canada.
Le budget d’austérité annoncé ne ferait pas que menacer la reprise économique en perte de vitesse au Canada, il s’écarterait de ce que le Canada considère généralement comme ses priorités, soit la création d’emplois, le nivellement des inégalités et la volonté de garantir à tous les citoyens l’accès à des services publics comme les soins de santé et l’éducation.
La plupart des Canadiens croient que leur pays est toujours en récession même si celle-ci a officiellement pris fin il y a deux ans et demi. Au quotidien, cela signifie qu’ils peinent à trouver un emploi ou à simplement joindre les deux bouts.
Les dernières statistiques sur l’emploi révèlent une donnée méconnue au chapitre du chômage. Si le taux de chômage est tombé à 7,4 % en février, ce n’est pas à cause de la création d’emplois. En fait, 2 800 emplois sont disparus. Si le taux de chômage a diminué, c’est plutôt parce que 28 000 travailleurs découragés ont tout simplement quitté le marché du travail.
Le taux d’emploi, qui mesure le pourcentage de la population en âge de travailler occupant un emploi, s’établissait à 63,8 % au début de la récession, en octobre 2008. En février 2012, il était de 61,6 %, taux qui reflète le nombre énorme de travailleurs découragés qui ont quitté le marché du travail. Si le taux d’emploi était revenu à son niveau d’avant la récession, 541 000 personnes de plus travailleraient.
Pendant que les partis de l’opposition et la société civile se préparent à réagir au budget, voici cinq critères qui devraient servir à l’évaluer :
- Inégalité : Selon un récent sondage de la firme EKOS, il s’agit de la grande préoccupation des Canadiens. Creusé par les gains exorbitants de revenu réalisés par la tranche de 1 % des plus riches, l’écart entre les riches et le reste de la société atteint un niveau sans précédent et s’élargit plus rapidement qu’aux États-Unis. L’inégalité ne constitue toutefois pas un enjeu pour le gouvernement au pouvoir. Il faudrait évaluer les mesures budgétaires en déterminant si elles réduisent ou non l’inégalité.
- Emplois : Les réductions de l’impôt des sociétés devaient déclencher une explosion de création d’emplois. Ce ne fut pas le cas. Les entreprises du Canada ont plutôt profité de ces nouvelles sommes disponibles pour accumuler des réserves en liquidités de plus de 500 milliards de dollars. Alors qu’il laissera dormir ces milliards, le budget supprimera des milliers d’emplois des secteurs public et privé.
- Investissements sociaux : Les Canadiens attachent une très grande importance aux investissements publics dans l’éducation, la santé, les retraites, etc. La croissance des dépenses militaire et sécuritaire se fait au dépend de services publics essentiels qui améliorent le mieux-être des gens. Le gouvernement fédéral cède aux provinces son rôle historique dans l’assurance-maladie au Canada. Il laisse tomber les solutions publiques à la crise des retraites en faveur de « solutions » fondées sur le libre-marché qui rendront la retraite plus difficile pour les générations à venir.
- Augmenter les revenus: Les réductions énormes de l’impôt sur le revenu des sociétés et de l’impôt sur la richesse menottent la capacité budgétaire du gouvernement d’aborder les problèmes de l’heure. Ces réductions ont également affaibli les programmes sociaux et aggravé les inégalités sans réussir à créer les emplois promis. Les réductions d’impôt sabotent la capacité du gouvernement d’effectuer les investissements qui s’imposent pour améliorer les niveaux de vie et réduire l’inégalité.
- Émissions de carbone : Incapable d’atteindre les objectifs de Kyoto, le Canada a choisi de se retirer de cet accord. Il a pris de nouveaux engagements de réduire les émissions de carbone, d’ici à 2020, de 17 % par rapport à leur niveau de 2005. Environnement Canada a toutefois signalé qu’en vertu de mesures existantes, le Canada réduirait ses émissions de carbone de 4,2 % seulement, ce qui est très loin de ces objectifs déjà dilués
Pour savoir ce que vaut le budget fédéral qui nous sera présenté, on doit donc se poser une question simple : le budget permet-il de réduire les inégalités et les émissions de carbones tout en augmentant les investissements sociaux, les revenus de l’État et les emplois? Si la réponse est non, les Canadiens devraient réagir.
Bruce Campbell est le directeur exécutif du Centre canadien de politiques alternatives, qui vient de dévoiler son Alternative budgétaire pour le gouvernement fédéral.
www.policyalternatives.ca
Le capitalisme vient d’entrer dans une nouvelle ère qui n’a rien de beau, une qui fonctionne peut-être bien pour les actionnaires de ce monde, mais pas pour les autres, pas pour nous.
J’ai pas pu m’empêcher de remarquer que, exactement la même journée où Caterpillar a fermé les portes de son usine de locomotives à London, en Ontario, pour déménager en Indiana, où les salaires sont plus bas, le Wall Street Journal rapportait que la recette fiscale fédérale sur les entreprises comme part des profits a descendu à son plus bas niveau depuis au moins 40 ans aux États-Unis. Malheureusement, ça ne se passe pas que chez nos voisins du Sud.
Des impôts moins élevés et des salaires plus bas: c’est un coup de poing, un enchaînement droite-gauche pour être plus précis, qui a été difficile à esquiver en cette période post-crise, et pas parce que le secteur commercial est dans les cordes. Comme Caterpillar, le secteur commercial étatsunien au grand complet inscrit des profits records à ses livres.
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Texte paru dans la revue À Babord! d’octobre 2011.
Depuis l’automne 2008, aucun reportage sur « l’état de santé » de l’économie mondiale ne passe à côté d’une question fondamentale : à quand le retour à la croissance? Beaucoup d’efforts est mis en place pour stimuler l’économie afin de retrouver rapidement le chemin d’une expansion soutenue et continue. Pourtant, les mêmes journaux télévisés qui, d’une voix espère retrouver le chemin de la prospérité, se montrent de plus en plus soucieux de développement durable et de lutte aux changements climatiques. Il y donc là imbrication de deux discours pourtant irréconciliables : d’un côté une défense acritique de la croissance économique comme souverain bien de la vie civilisée et, de l’autre, la reconnaissance de la nécessité de « protéger » l’environnement des activités humaines.
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L’ex-souverainiste François Legault a choisi sa nouvelle patrie : la valeur. Legault dit en effet vouloir « encourager la création de valeur » au Québec : « Le succès économique du Québec dépend des compétences des Québécois, de leur volonté à investir pour le futur, de leur capacité à innover et de leur créativité ». En clair, le nouveau projet mobilisateur n’est pas l’indépendance nationale, mais bien la course à l’innovation. On sait, et ce n’est pas nouveau pour François Legault, père des contrats de performance en éducation, que la rhétorique de « l’économie du savoir » allie le leitmotiv de la créativité personnelle à la mobilisation des institutions d’enseignement supérieur dans le but de produire des découvertes commercialisables et d’attirer les investissements en capital de risque. Il faut être « créatif » pour développer des brevets et attirer les investissements étrangers.
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