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Faut-il défendre les riches?

par Simon Tremblay-Pepin, dans la catégorie Revenus

6 commentaires

On ne peut éliminer le déficit public par la seule augmentation de l’impôt des plus fortunés. C’est la conclusion à laquelle arrive la plus récente publication de l’Institut économique de Montréal (IEDM), rédigée par son président-directeur-général, Michel Kelly-Gagnon. Les gens fortunés feraient d’ailleurs leur part, comme ils paient 12% des impôts alors qu’ils ne représentent 0,5% de la population ajoute la note économique.

Penchons-nous sur ces arguments pour voir s’ils tiennent la route.

De qui parle-t-on?

Pour qu’il soit pertinent de débattre de quelque chose dans l’espace public, il faut que cette chose existe. Qui, au Québec ou au Canada, propose d’éliminer le déficit public par la seule augmentation de l’impôt des plus fortunés? Si certains proposent effectivement cette mesure, nul ne prétend qu’elle viendra à bout du déficit et tous la présente généralement avec un ensemble d’autres mesures fiscales.

C’est donc avec une certaine surprise qu’on voit Michel Kelly-Gagnon s’attaquer à ce moulin à vent qu’il a lui-même bâtit. Quand il pousse l’audace jusqu’à étudier la possibilité d’une augmentation de l’impôt des plus fortunés jusqu’à 100% (et plus!), on en vient à se demander à qui il s’adresse véritablement.

Le poids démographique

Le deuxième point central du document de l’IEDM est la comparaison entre le poids démographique et le poids fiscal. Les riches sont très peu nombreux, mais ils paient beaucoup d’impôts. Dans une société de plus en plus inégalitaire (comme le rappelait l’OCDE il y a quelques jours) ce n’est pas très surprenant.

Si les plus riches paient plus d’impôts ce n’est pas à cause de leur nombre, mais bien à cause de leurs revenus. Si M. Kelly-Gagnon trouve cela problématique, il devrait plutôt s’attaquer à la distribution inégalitaire des ressources dans notre société. Tant que cette situation perdurera, il est évident que ceux qui sont peu nombreux et ont plus de ressources contribueront davantage.

Mais contribuent-ils tant que ça? Regardons les statistiques fiscales du gouvernement du Québec (oublions l’espace d’un instant le fédéral pour éviter d’allonger inutilement la démonstration). Les 29 000 personnes qui faisaient plus 250 000$ par année en 2008 enregistraient des revenus moyens de 477 000$. Sur ces revenus ils payaient un taux d’imposition effectif de 15,3% d’impôt sur le revenu québécois (incluant les cotisations, crédits d’impôts et autres). Le million de contribuables dont les revenus se situaient entre 50 000$ et 100 000$ et qui gagnaient un revenu moyen de 67 000$ se voyaient imposer un taux d’imposition effectif de 12,1%.

Donc, alors qu’ils font sept fois leur revenu, les plus fortunés versent seulement 3 points d’imposition de plus à Québec que la « haute classe moyenne ». L’apparition d’un nouveau pallier d’imposition pourrait faire grimper cet écart de quelques points. Supposons qu’il atteint 18%, Québec laissera le fortuné moyen avec 396 000$ de revenu disponible. Par chance, l’IEDM est là pour empêcher pareil désastre d’advenir.

Version longue d’une lettre publiée dans le quotidien Métro.

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  1. Christian dit :

    Pour ma part, ce que j’ai retenu de l’article de l’IEDM, c’est leur proposition de «réduire les subventions aux garderies plutôt que de hausser les impôts des plus riches».

  2. Mario Jodoin dit :

    «C’est donc avec une certaine surprise qu’on voit Michel Kelly-Gagnon s’attaquer à ce moulin à vent qu’il a lui-même bâtit.»

    C’est le même procédé qui est utilisé aux États-Unis par les républicains pour contrer l’annulation de la baisse des impôts offerte aux riches par le gouvernement Bush. Paul Krugman a déjà répomdu à ce genre de sophisme (une augmentation des impôts des riches ne parviendrait pas à solutionner le problème du déficit, même en imposant le revenu des riches à 100 %). Le but d’une telle augmentation n’est pas d’offrir une solution unique au problème du déficit, mais d’obtenir un système plus équitable. Cela dit, cette augmentation ne nuirait pas! Comme le dit Krugman,

    «Ainsi, une augmentation des impôts pour les très riches pourrait contribuer sérieusement à réduire les déficits. Ne croyez pas celui qui prétendrait le contraire.»
    http://www.rtbf.be/info/chroniques/chronique_ce-qu-il-faut-taxer-paul-krugman?id=7156283&chroniqueurId=5032403

  3. David Nantel dit :

    Personnellement, je ne comprends pas comment, dans notre système social démocrate, on puisse tolérer la plus grande absurdité financière qui avantage les classes riches d’une manière honteuse. Et là, je parle de l’imposition à 50% des gains en capital.

    Cette règle fiscale n’a aucun sens et c’est la première règle qu’il faut éliminer dans l’optique d’une justice sociale équitable entre les classes de la société!

    avez-vous déjà vu des pauvres faire du gain en capital ? non! Du monde de la classe moyenne ? La réalité est très peu.. le gros de la classe moyenne font du gain en capital via leur régime enregistré de retraite (donc à l’abris de l’impôt). Pour le reste, il y a toujours des petits gains en capitaux ça et là, mias je doute que ça dépasse les 10 000$ annuels. Qui font les gains en capitaux ? Les riches… et dans certains cas, ça peut représenter une part importante de leur revenus, impôsé à un maximum de 24%… injuste !

    Si les groupe de pression sociaux doivent mettre une pression sur les gouvernements occidentaux pour changer une règle fiscale, celle-ci devrait être la première. et la prémise de base devrait toujours être, un revenu, c’est un revenu, point !

  4. [...] servir de cet étrange comparatif (qui avait été mis de l’avant par Michel Kelly-Gagnon et que nous avions déjà commenté sur ce blogue) entre le nombre de gens touchés et la part de l’impôt qu’ils paient. Le nombre de personne [...]

  5. [...] commentator using this bizarre comparison (which Michel Kelly-Gagnon put forth — we already commented upon it) between the number of people affected and the share of taxes that they pay. The number of people [...]

  6. Guillaume B dit :

    « Supposons qu’il atteint 18%, Québec laissera le fortuné moyen avec 396 000$ de revenu disponible. Par chance, l’IEDM est là pour empêcher pareil désastre d’advenir. »

    Euh, l’impot fédéral n’est pas compté?

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