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Publié le 3 octobre 2011

Cette deuxième capsule sur la hausse des frais se penche sur l’étrange argument selon lequel le maintient de bas frais de scolarité menacerait la qualité des diplômes. Selon ce point de vue, les diplômes du Québec seraient sur le point de ne plus rien valoir sur le marché du travail.

Comme le montre Eric Martin, c’est plutôt la transformation de l’université en lieu de capitalisation sur un investissement qu’on réduit la qualité des diplômes. Devant une éducation qui coûte cher les gens sont portés à faire les formations les plus courtes et celles qui donnent accès à un métier pouvant ramener le plus d’argent possible. Inévitablement, cela aura pour effet d’amenuiser le caractère général de la formation, et, ultimement, de faire qu’une fois que la formation technique sera dépassée, il faudra retourner à l’université et payer à nouveau de haut frais de scolarité.

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  1. Marc-André Lavigne dit :

    Je dois avouer avoir beaucoup de difficultés avec les vidéos. La démarche est intéressante, mais je suis surpris de ces analyses, qui, malgré l’équipe en place, semblent comprendre très mal le système universitaire québécois. Ce second vidéo est néanmoins beaucoup moins maladroit que le premier.

    Je suis en effet d’accord avec le fait que c’est un mythe qu’hausser les frais ajoutent une quelconque valeur au diplome. Un diplome universitaire québécois vaut autant qu’un diplome ontarien, même si celui de l’Ontario coûte plus cher. Ce qui me chicotte ici, c’est que je n’avais jamais entendu cet argument avant. Je n’ai jamais entendu un pourfendeur de la hausse affirmer qu’un diplome payé plus cher vaut plus (même dans le cas des MBA de McGill). C’est pourtant clair que l’étudiant « en a moins pour son argent ».

    Pour le milieu universitaire, je ne vois pas les gens aller vers des formations plus courtes. La valeur d’un baccalauréat ne changera pas et demeure nécessaire pour la pratique de nombreux métiers. Pour devenir ingénieur, professeur, ça prend une formation universitaire de premier cycle. Certains pourraient être tentées par des formations plus courtes (techniques), mais pas se contenter de microprogrammes universitaires de formation continue. Les arguments présentés deviennent des raccourcis discutables (ou démontrent une incompréhension du système universitaire): la formation continue n’est pas destinée à remplacer la formation générale! Elle est destinée à ceux qui ont un diplôme de formation générale et qui désirent se mettre à jour.

    En fait, en ce qui a trait à la formation continue, c’est plutôt le contraire, la hausse va en réduire l’accessibilité. Ce qui risque de faire mal aux universités. Selon moi, ce n’est pas: « les baccs seront trop chers, ils se tourneront vers des formations plus courtes de formation continue, donc l’Université est perdante et la production-diffusion du savoir aussi ». C’est plutôt: « après leur bacc (payé plus cher), les gens auront moins de sous pour de la formation continue, donc l’Université est perdante et la production-diffusion du savoir aussi ».

    Par ailleurs, je ne suis pas d’accord avec la conclusion « plus de valeur marchande, moins de valeur académique » dans la tendance universitaire à la formation continue. C’est parallèle aux formations plus générales et non au détriment. Ce sont, en effet, des formations « branchées au développement de l’économie, avec un format « just in time » qui deviennent vite périmées », mais qui s’adressent à des personnes qui ont DÉJÀ une formation générale et qui veulent se garder à jour. Selon moi, la dynamique de formation continue est souhaitable dans une économie du savoir (et présentée malhabilement dans le vidéo). L’université diversifie sa clientèle, sans avoir aucun impact notable sur la qualité des autres programmes de formation générale. Ce sont deux « produits » complètement différents et le premier ne vient pas « tuer » le marché du second. C’est une dynamique complémentaire (comme dans la fonction enseignement-recherche des professeurs… mais c’est un autre débat!).

    La hausse ne va pas accentuer le phénomène de la formation continue, mais diminuer son accessibilité. Une personne (ou son employeur) y pensera à deux fois lorsque le coût de son microprogramme aura doublé. Moins d’inscriptions en FC = moins de ressources pour l’université = les étudiants qui en font encore les frais.

    • Eric Martin dit :

      Ce que je trouve difficile, pour ma part, c’est de voir des gens qui pensent que parce qu’ils ont mal compris, ou parce qu’ils ne sont pas d’accord, estiment juste de nous qualifier de « maladroits » et de nous accuser de ne « pas comprendre » le système universitaire.

      Les tenants de la hausse des frais ne cessent de dire que si les frais n’augmentent pas, il n’y aura pas de ressources, dont que les diplômes perdront en valeur et en qualité.

      L’OCDE elle-même reconnaît dans son rapport sur l’Enseignement supérieur horizon 2030 qu’on assiste à l’émergence de formations plus courtes, à l’augmentation des fournisseurs privés en enseignement, à une adéquation croissante avec « le marché »: c’est la privatisation de l’enseignement. Je ne sait pas ce que vous « voyez », mais il faut aussi lire.

      Que faites vous de la prolifération des maitrises professionnelles ou « par cumul »? Bien sur les gens vont continuer de faire des baccs. Mais ils vont devoir se recycler constamment, et ne feront pas d’études supérieures, ou alors elles seront pragmatiques. En Angleterre, la fréquentation scolaire baisse à cause des hausses de frais.

      « Les arguments présentés deviennent des raccourcis discutables (ou démontrent une incompréhension du système universitaire ».

      C’est un vidéo de deux minutes. C’est sûr que je ne peux pas expliquer la mutation institutionnelle au sein du capitalisme avancé. Mais de là à dire que je ne comprends rien… Je ne dis pas que la formation continue va remplacer la formation générale, je dis que la formation générale est en crise et va être remplacée par des formations jetables à durée de vie courte qui exigeront un recyclage permanent pour s’adapter aux marchés. Si vous pensez que la formation continue est là pour répondre au « désir » de mise à jour des personnes, il faut faire un peu de sociologie: ce type de formation répond à un besoin des corporations et des marchés.

      Ce qui se passe, c’est « les frais montent, et de ce fait, la formation est soumise à un critère de rentabilité qui favorise son instrumentalisation ». La formation continue devient un moyen d’adapter les gens à la fluctuation des marchés.

      Vous pensez bien ce que vous voulez, mais « l’apprentissage tout au long de la vie » et l’apprentissage par compétences sont axés sur le développement d’aptitudes fonctionnelles qui sont en rupture avec la formation traditionnelle fondée sur le développement de l’autonomie critique et la transmission du patrimoine intellectuel commun. Plus on augmente les frais de scolarité, plus on mesure la « valeur » des diplômes avec des critères économico-financiers, et plus le contenu académique est évacué.

      La formation continue n’est pas seulement « parallèle », elle est favorisée dans un modèle qui se fonde sur l’instabilité et l’innovation perpétuelles pour alimenter la croissance du capitalisme. Les gens qui ont DÉJÀ une formation générale vont éventuellement être remplacés par des adaptables et des polyvalents sans qualités.

      L’économie du savoir est une idéologie capitaliste qui détruit l’université. Je ne la présente pas malhabilement, je la conteste, ce que vous feriez aussi si vous saviez de quoi il en retourne au lieu de répéter cela comme un slogan. « L’université diversifie sa clientèle sans aucun impact »: vous pensez que ça vient d’où: d’une lubie personnelle de recteur? Avez vous conscience qu’il existe des institutions et structures économiques internationales qui favorisent la commercialisation de l’enseignement supérieur, voir les rapports OCDE 2004 et 2007 sur la question.

      C’est vous qui ne savez pas le rôle croissant que la recherche subventionnée prend au détriment de l’enseignement pour les professeurs, c’est vous qui pensez qu’une université offre des variétés de programme comme elle offrirait des variétés de viennoiseries, alors que vous ne comprenez rien aux causes structurelles et économiques qui impulsent ces transformations.

      La hausse va diminuer l’accessibilité de toute l’université, et pas seulement celle de la formation continue: il y a aura donc une fracture sociale, et un nombre croissants d’exclus. Ça aussi, l’OCDE l’admet. Sérieusement, vous êtes mal placé pour donner des leçons. Il est très irritant de se faire dire qu’on est maladroit, malhabile et ignorant par quelqu’un qui n’a même pas lu la littérature sur le sujet, et se fonde sur des raisonnements personnels et des conjectures. J’espère au moins que vous irez lire, maintenant, avant de lancer à qui mieux mieux des commentaires condescendants.

  2. Marc-André Lavigne dit :

    Je vais faire mon mea culpa. Après avoir discuté avec certaines personnes et certains étudiants, il y a, très bizarrement, un mythe voulant qu’hausser les frais de scolarité ajoutent une quelconque valeur au diplome. Une hausse des frais aura pourtant peu d’impact sur 1) les ressources offertes au titulaire des cours et 2) l’avantage concurrentiel sur les diplomes d’autres provinces. Je demeure toutefois sur mes positions concernant la présumée diminution de la valeur académique des diplomes.

    • Eric Martin dit :

      « Je vais faire mon mea culpa. Après avoir discuté avec certaines personnes et certains étudiants, il y a, très bizarrement, un mythe voulant qu’hausser les frais de scolarité ajoutent une quelconque valeur au diplome.  »

      Oui, c’est pour ça que nous avons fait le vidéo.

      « Je demeure toutefois sur mes positions concernant la présumée diminution de la valeur académique des diplomes ».

      Fort bien, sauf que vos « positions » sont infondées, ni dans la littérature, ni dans l’empirie. Regardez aux USA:

      http://www.insidehighered.com/news/2011/10/12/florida_governor_challenges_idea_of_non_stem_degrees

      Le gouverneur Scott dit: « If I’m going to take money from a citizen to put into education then I’m going to take that money to create jobs. So I want that money to go to degrees where people can get jobs in this state. Is it a vital interest of the state to have more anthropologists? I don’t think so. »

      Est-ce qu’il faut aller plus loin? La science et la technique d’abord, et au diable le reste. Au diable la formation à l’autonomie, la formation générale, au profit de la recherche commerciale. Au diable l’université, vive l’entreprise. C’est on ne peut plus clair.

      Eric Martin

  3. [...] Capsule 2 de 9 sur les frais de scolarité, produite par l’IRIS (Institut de recherche et d’information socio-économiques).   Mythe 2: La hausse des frais met la valeur des diplômes en danger [...]

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