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Publié le 7 octobre 2011

Dans son document sur l’éducation, François Legault, ancien ministre péquiste de l’éducation, propose un nouveau « pacte » avec le corps enseignant du primaire et du secondaire du Québec.

D’abord, des « cadeaux » : augmentation de 20% des salaires et autonomie sur les méthodes pédagogique (est-ce un désaveu de la réforme qu’il a lui-même participé à mettre en place?). Mais ces cadeaux doivent êtres mérités, car c’est en fonction de la « performance » que les enseignant-es obtiendront, ou non, ces augmentations.

Et comment diable mesure-t-on la performance d’un-e enseignant-e?

Une solution « facile » serait l’évaluation quantitative en fonction du résultat des élèves. Que feront des enseignant-es désireux d’obtenir une hausse de salaire si celle-ci dépend de l’obtention de meilleurs résultats par les élèves? La méthode simple : augmenter artificiellement les notes de tout le monde en donnant des examens plus faciles ou en étant plus laxistes sur la correction. Qu’est-ce que l’éducation des Québécois-es y gagnera ? Rien du tout.

L’évaluation qualitative, c’est-à-dire le contrôle de ce que font les enseignant-es dans leur salle de cours et leur évaluation en fonction de la qualité de ces pratiques, est une tout autre paire de manche. Comme l’IRIS l’a montré dans une étude à laquelle j’ai participé et qui portait sur les bonis dans le secteur public, les systèmes d’évaluations sont lourds, ils sont difficiles à mettre en place, ils sont généralement coûteux, parfois trop complexes et, surtout, ils apportent rarement les comportements attendus. À ce sujet ce petit vidéo (malheureusement uniquement disponible en anglais) relate en illustrations une conférence de l’auteur Dan Pink étalant les nombreux problèmes des bonis liés à la motivation.

Mentionnons enfin qu’il est étonnant d’entendre François Legault affirmer qu’il faut se consacrer à éliminer l’incompétence dans le milieu scolaire, alors qu’il contiendrait 5% d’incompétent-es. S’il est noble de vouloir réduire le nombre d’incompétent-es à l’emploi de l’État, est-ce que 5% est un taux particulièrement élevé? Qu’en est-il dans les autres milieux – tant du secteur public, que du secteur privé? Sa réduction doit-elle être notre priorité en éducation?

On pourrait aussi se demander si les 5% d’incompétents le sont à ce point qu’ils causent tous les problèmes du secteur de l’éducation primaire et secondaire? N’y aurait-il pas des causes plus déterminantes à l’œuvre? Par exemple, le trop grand nombre d’élèves par classe n’est-il pas un problème plus grave? Voilà un phénomène qui s’étend à l’ensemble du réseau scolaire et qui est unanimement désigné comme problème majeur (ce qui a d’ailleurs mené à une entente récente). Si on regarde le nombre d’élèves par personnel enseignant (qui ne donne pas le nombre d’élève par classe, mais qui suit la même évolution), on voit qu’il a tendance à stagner (fluctuant entre 18,15 et 19,01 de 2000 à 2007, incluant la période pendant laquelle François Legault a lui-même été ministre de l’éducaiton).

Plutôt qu’une augmentation de leur salaire en fonction d’une évaluation au mérite, il y a fort à parier que la plupart des profs aimeraient bien voir diminuer le nombre d’élèves par classe afin de pouvoir faire leur métier adéquatement. Parions aussi que ça améliorera au passage leur motivation.

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  1. Adrien Pouliot dit :

    Une meilleure critique du plan de M. Legault par M. Tremblay-Pépin aurait été de questionner la relation de cause à effet que celui-ci établit entre une augmentation de 20% du salaire des professeurs et une baisse du taux de décrochage scolaire, un lien que même Jacques Mémard, qui a dirigé le groupe sur la persévérance scolaire au Québec, n’a jamais réussi à établir. Quant à l’évaluation des professeurs, le privé le fait alors doit-on conclure que les gestionnaires publics sont trop incompétents pour le faire?

    • Simon Tremblay-Pepin dit :

      @Adrien Pouliot: En effet, il serait intéressant de se pencher sur ce lien supposé par Monsieur Legault. Pour ce qui est de l’évaluation des professeurs, le public en fait une évaluation, mais pour l’instant elle n’a pas de lien avec le salaire. Ce que je défend ici c’est que d’établir un lien entre ces deux questions, comme M. Legault souhaite le faire, posera d’importants coûts et problèmes.

  2. [...] L’assurance-qualité, c’est donc une sorte de ISO9002 pour universités : une agence externe évalue les établissements, les programmes, les diplômes pour déterminer si leur financement est « pertinent » ou « efficace ». Cela veut déjà dire une augmentation des contrôles et une restriction de la liberté académiques des enseignants (par exemple : la proposition de paie au mérite de François Legault). [...]

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