On parle souvent de la disparition graduelle des emplois peu ou pas spécialisés dans les pays industrialisés au profit des pays à bas salaires. J’ai montré dans un billet précédent, à partir entre autres d’une étude de Statistique Canada, que cette affirmation était erronée et qu’ils étaient même parmi les emplois les moins vulnérables à la délocalisation et aux changements technologiques.
Un bon nombre d’études aux États-Unis, notamment celles entreprises par David Autor (comme celle-ci), démontrent que ce sont plutôt les emplois routiniers exigeant des compétences moyennes qui perdent le plus de terrain, tandis que les emplois qui exigent le plus et le moins de compétences gagnent en importance, surtout ceux qui sont non-routiniers. (Lire la suite…)
Avec le vieillissement de la population et les départs toujours plus nombreux à la retraite des baby-boomers, on entend plus que jamais parler de pénuries de main-d’œuvre :
«Restauration: la pénurie de main-d’œuvre s’intensifie»
Pourtant, ai-je la berlue? Le taux de chômage est-il bien encore à 7,7% au Québec et à 7,4 % au Canada? Quand on lit qu’il y a «pénurie de main-d’œuvre dans le secteur du vêtement», le représentant de cette industrie tient-il compte que, selon le tableau cansim 281-0047, l’industrie canadienne de la fabrication de vêtements a perdu les trois quarts de ses emplois depuis janvier 2001, le nombre de salariés étant passé d’environ 88 000 à 22 000 au Canada?
Ces quelques exemples montrent que même les industries où on observe des taux de chômage élevés affirment vivre des pénuries de main-d’œuvre. Y aurait-il peut-être une légère confusion dans l’utilisation de l’expression «pénurie de main-d’œuvre»? (Lire la suite…)
Statistique Canada a publié il y a quelques mois une étude portant sur Les jeunes qui ne sont ni étudiants ni employés. Je n’ai pas l’intention de la résumer ici, entre autres parce que Statistique Canada l’a déjà fait dans le communiqué qui annonçait sa diffusion. Je préfère ajouter de la valeur à cette étude en comparant les résultats globaux du Canada à ceux du Québec, qui ne sont pas présentés dans cette étude. Cela dit, ce type d’étude étant relativement récente, il serait bon de commencer par quelques explications sur le champ d’études et les données utilisées.
Le gouvernement a annoncé en juin dernier l’octroi d’un prêt de 58 millions de dollars à l’entreprise Mine Jeffrey Inc. pour la relance de son projet d’extraction d’amiante chrysotile. Ce prêt était conditionnel à la participation financière dans le projet, à hauteur de 25 millions de dollars, de Balcorp Ltd, une entreprise de commerce international montréalaise avec des bureaux associés en Inde. La population d’Asbestos a reçu l’annonce avec grand enthousiasme : par deux fois, en 2008 et en 2009, la mine avait cessé ses opérations temporairement, entraînant la mise à pied de près de 300 travailleurs et travailleuses.
Personne ne semble toutefois réellement prendre de front ces longues périodes de chômage récurrent. Aussitôt que la mine se remet en marche, on feint d’oublier le problème de fond et on n’en parle plus. Mais c’est pourtant là un des plus grands inconvénients de l’industrie minière : ses phases de récession dues à sa forte dépendance aux marchés externes. Moins affectée par la grande variabilité des prix que le secteur des métaux, l’industrie de l’amiante fait plutôt face à un déclin permanent depuis les années 1970, en raison de la diminution continuelle de la demande de cette matière, qui engendre une baisse constante de la production.
Et pourquoi la demande baisse-t-elle? C’est que 55 pays dans le monde (dont l’ensemble de l’Union Européenne) ont banni l’utilisation de ce minerai dû aux craintes concernant sa toxicité. (Lire la suite…)
Durant une crise qui s’étend sur plusieurs années, comme celle qui se vit (ou sévit) aux États-Unis, bien des économistes affirment que l’absence de reprise est essentiellement due à une hausse du chômage structurel.
Avant d’aborder cette question, il faut d’abord se demander ce qu’est le chômage structurel. Statistique Canada le définit ainsi :
«Le chômage structurel désigne la situation dans laquelle les travailleurs ne peuvent occuper les postes disponibles parce qu’ils n’ont pas les compétences voulues, n’habitent pas là où les postes sont offerts ou ne sont pas prêts à travailler au salaire offert sur le marché.»
On considère ce chômage, avec le chômage frictionnel (délai pour trouver un emploi d’une personne qui possède les compétences pour un emploi vacant) et le chômage saisonnier, comme le taux de chômage minimum dans une économie. Or, si ce chômage augmente, aucune mesure de relance ni même une reprise économique due à d’autres sources ne permettraient de le faire diminuer de façon significative, les compétences des chômeurs ou leur lieu de résidence ne correspondant pas aux besoins des employeurs. Cette question peut sembler uniquement technique, mais elle est aussi idéologique. (Lire la suite…)
Le capitalisme vient d’entrer dans une nouvelle ère qui n’a rien de beau, une qui fonctionne peut-être bien pour les actionnaires de ce monde, mais pas pour les autres, pas pour nous.
J’ai pas pu m’empêcher de remarquer que, exactement la même journée où Caterpillar a fermé les portes de son usine de locomotives à London, en Ontario, pour déménager en Indiana, où les salaires sont plus bas, le Wall Street Journal rapportait que la recette fiscale fédérale sur les entreprises comme part des profits a descendu à son plus bas niveau depuis au moins 40 ans aux États-Unis. Malheureusement, ça ne se passe pas que chez nos voisins du Sud.
Des impôts moins élevés et des salaires plus bas: c’est un coup de poing, un enchaînement droite-gauche pour être plus précis, qui a été difficile à esquiver en cette période post-crise, et pas parce que le secteur commercial est dans les cordes. Comme Caterpillar, le secteur commercial étatsunien au grand complet inscrit des profits records à ses livres.
Le magazine Time a décrété que la personnalité de l’année 2011 était le protester (le manifestant). La page couverture du magazine est on ne peut plus claire, on y évoque les manifestant-es de Wall Street, du printemps arabe, de la Grèce et de Moscou. Dans son édition du week-end des fêtes, Le Devoir allait dans le même sens en nommant « l’Indigné » comme personnalité de l’année. Le texte du Time nous prévient que s’il y a des manifestant-es depuis des lunes, ceux de cette année ont une toute autre efficacité et, en plus, n’ont pas les mêmes référents idéologiques :
All over the world they are criticized by old-schoolers for lacking prefab ideological consistency, which the protesters in turn see as a feature rather than a bug. Miral Brinjy, a 27-year-old blogger and TV-news producer who grew up in Saudi Arabia and arrived in Tahrir Square on the first day of protests 11 months ago, doesn’t presume to have a precise picture of the new Egyptian government and society she envisions, but as she told me in Cairo last month, « I know what I don’t want. »
Dans sa deuxième proposition au sujet de la culture québécoise et de la langue française, François Legault laisse entendre que l’immigration se réduit à un problème d’intégration et que les migrants eux-mêmes sont à l’origine de celui-ci. La Coalition parle en effet de mesures pour augmenter l’employabilité des immigrants et pour favoriser leur intégration à la communauté francophone, soulignant que la maîtrise non adéquate du français est «un frein à l’embauche pour de nombreux immigrants».
Après avoir tenté de nuancer l’interprétation des données sur l’emploi publiés mensuellement au Canada, je récidive, cette fois avec celles sur l’emploi aux États-Unis.
À tous les mois, c’est la même chose : les analystes font systématiquement des liens directs entre le nombre d’emplois qui s’est ajouté ou soustrait aux États-Unis et les variations du taux de chômage qui en découleraient. Par exemple, on pouvait lire dans l’article de Radio-Canada sur le sujet vendredi le 7 octobre :
«Il s’est créé plus d’emplois que prévu en septembre aux États-Unis. Au net, 103 000 personnes ont repris le chemin du travail. (…) Malgré cette progression des embauches, le taux de chômage ne baisse pas. Il se maintient à 9,1 %, pour un troisième mois d’affilée.»